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mercredi 7 mai 2014

Homère, L'Odyssée (chant IV)

Fiche d'œuvre
*
L'Odyssée, chant IV
Homère


  • Date de parution : IXe – VIIIe siècle av. J.-C.

Coupe retrouvée à Pitecusa, datée 732-720, portant une ce qui ne peut être qu'une citation de l'Iliade.
  • Genre : Epos – Epopée
La poésie dans une culture orale doit retenir l'attention par divers moyens tels la figuration paratactique ou hypotaxique. Spectacle de type mimétique.

  • Genèse et sources :
Tradition orale : à la « théorie de la dictée » (A. B. Lord) s'oppose le modèle « évolutionniste » qu'il faut lui préférer : « la diffusion [orale] du texte, [affirme G.Nagy,] aurait conduit progressivement […] à un statut toujours plus stables dans ses modèles de recomposition, jusqu'à atteindre une phase « relativement statique », qui a pu durer de la fin du VIIIe au milieu du Vie siècle, date à laquelle les poèmes avaient puet-être atteint un état quasi textuel (near-textual) dans le contexte des exécutions (performances) des rhapsodes aux Panathénées d'Athènes. »1

  • Contexte historique :
Oeuvre née dans une société orale. Miroir d'un monde réel historique ? Ithaque ? Le monde mycénien ?

  • Structure :
La Télémaquie :
  • Chant I : Ithaque – La visite d'Athéna, qui lui conseil d'effectuer un voyage pour : 1) s'enquérir d'Ulysse, 2) « acquérir un bon renom parmi les hommes »
  • II : Ithaque – Télémaque organise le voyage, malgré les prétendants.
  • III - IV : Voyage de T. chez deux rois anciens compagnons d'U. à la guerre de Troie : Nestor, roi de Pylos, et Ménélas, roi de Sparte, en quête de conseils et d'informations sur le destin de son père.

Structure du chant IV :
Points communs avec le chant III :
- Accueil de T. par son hôte (Ménélas), qui l'informe sur U. et évoque la guerre de Troie.
- T. passe la nuit au palais et repart le lendemain

Points divergents du chant III :
Chant III
Chant IV
Trajet par la mer avec Athéna (Mentor)
Trajet en char avec Pisitrate
Hôte trouvé sur la plage sacrifiant
Hôte dans son palais
Sacrifice (et conversation)
–
Ne rentrent au palais que pour dormir
Arrivent directement au palais merveilleux

Personnages du Chant IV (par ordre d'importance) : [Ulysse – en filigrane, souvent sous-entendu], Télémaque, Ménélas, Hélène, Etéoneus, Pisistrate.

En effet, U. est présent malgré son absence physique : Télémaque est avant tout fils d'Ulysse, Ménélas peut apparaître comme un « U. en mode mineur » (voir ci-dessous 'Thèmes et principaux motifs'), Etéoneus s'analyse comme un faire-valoir de M. qui lui-même joue ce rôle pour U., Pisitrate fait ressortir Télémaque par ses paroles, U. est la raison d'être du voyage en lui-même et le sujet de la plupart des entretiens.

  • Sens et portée de l'œuvre :
Poèmes envisagés comme poésie orale, « encyclopédie de la Grèce », instrument de la paideia archaïque, de la transmission de la culture dans une société orale.
L'éducation à ces valeurs (qui se faisait à travers la poésie) peut se résumer (Werner Jäger) au concept d'aretê (c.f. Virtus des poètes dits 'anciens' (Ennius) de la littérature latine).

Aretê : « Être le meilleur toujours, surpasser tous les autres. » Pélée à Achille (Il. XI)
(→ Inciter à la vengeance) Devenir un agathos
  1. Force physique (biê) : pour se venger et restaurer son honneur (timê) et son statut social
  2. Courage : ne pas craindre la mort mais uniquement la mort sans gloire (akleos)2
  3. Parole convaincante (metis) 3
  4. Beauté : Doit être lié à la vaillance : kaloskagathos (beau et valeureux, honnête homme). Concept qui restera jusqu'à l'âge classique (Platon). Lié à la divinité.


Souligner la différence entre le héros classique antique (Léonidas) et le héros homérique (Achille, Ulysse, Agamemnon, Ajax / Anti-héros : Thersite (rustre, lâche, laid), Pâris (beau mais sans vaillance, ne sait pas se venger => a les apparences d'un héros (beauté) sans l'être réellement (vaillance, force). Voir les lamentations d'Hélène (Il., VI) sur son amant qui ne combat pas : Faute de s'accompagner de vaillance, la beauté de Pâris devient une tare.) :
Alors que le héros classique se dévoue pour sauver la patrie, pour le bien commun (Thermopyle), le héros homérique meurt pour lui, afin que son nom ne soit pas oublié, pour la gloire qui va rejaillir sur son nom et sur les siens.
Mais H. ne se bornait pas à transmettre des valeurs et des règles de conduite générales. Il présentait également des informations techniques (le radeau construit par U. pour quitter l'île de Calypso (V), le sacrifice de Nestor à Athéna (III), la description des rites d'hospitalité (I, III, IV, VII, etc.), les règles pour le partage du butin (Il., I) ). → D'où citation d'Aristophane (voir ci-dessous, 'Postérité')
Sens et portée du chant IV :
Affirmation des valeurs fondamentales de la culture homérique : hospitalité, contribution à la définition du héros homérique.


L'hospitalité homérique


Les variantes à la scène typique d'hospitalité dans le chant IV :
1) Accueil non par le maître directement : d'où enjeux :
  • conception de l'hopsitalité dans le monde homérique révélée
  • détermination de la construction de l'identité de Télémaque et de Pisitrate
La maladresse d'Etéoneus : d'où insulte (pour la 1ère fois entre des personnages de rangs différents)
qui fait d'E. un faire-valoir de Ménélas → qui devient donc un hôte irréprochable.
=> Affirmation des valeurs fondamentales de l'hospitalité


2) Explicitation du traitement des chevaux et du char :
  • serviteurs nombreux → d'où richesse de Ménélas.
  • Soin → d'où bonne hospitalité, car le soin est une composante de l'hospitalité


3) Description du palais (v.43-46), insistance sur l'étonnement admiratif des visiteurs et mention d'un « éclat comme lune ou soleil » (v. 45).
→ M. fabuleusement riche.
La splendeur de son palais a quelque chose d'extraordinaire. A rapprocher du palais d'Alkinoos (ch. VII) qui reprend la même formule au vers 84-85.

Eléments habituels :
Entrée de la demeure (v.43), description (v.43-46), traitement accordé aux étrangers : toilette (v.47-51) et repas (v. 52-67). (Les vers 48-55 sont les plus typiques (formules très fréquentes : voir le ch. I ou chez Circé).) Echange direct avec le maître de maison. On ne demande l'identité de l'étranger qu'après le repas.


  • Postérité :
Aristophane : Homère a reçu « honneur et gloire » en raison de « ses bonnes leçons de tactique, de vertus et d'armements militaires. » (Les Grenouilles, 1034 - 1036)

Giovan-Battista Vico : Homère, « premier historien de tout le monde païen qui nous soit parvenu. » (Homère 'éducateur de l'Hellade' – Eva Cantarella)

  • Thèmes principaux et motifs :
  • Aretê : Force, courage, parole, beauté (liée à divinité)

  • Hospitalité : Element important de la culture du monde homérique. Voir le concept de la « scène typique d'hospitalité » (The Stranger's Welcome, S.Reece, 1993)

  • Vengeance : Lié à la force. L'aretê : « Être le meilleur toujours [à] surpasser tous les autres. » Pélée à Achille (Il. XI) → Inciter toujours à la vengeance, pour restaurer son honneur (timê). Ainsi, Athéna (I) et Nestor (III) poussent Télémaque à venger son père à l'instar du vaillant Oreste. L'exemple de Pâris : Qui ne sait pas se venger est indigne de l'amour d'une femme.

  • Les Trois Péchés du guerrier (G.Dumézil) ? : souveraineté (fonction religieuse et politique) – guerre – abondance, fécondité (fonction artisanale). C.f. Les trois péchés d'Hercule.

  • Ménélas : un « U. en mode mineur » : car long périple également hors du monde normal (relaté à deux reprises dans le chant (IV, 351-386) ; richesses accumulées lors des escales sur la route du retour.

  • L'Importance du rapport entre U. et T. qui s'instaure au cours du chant IV :
    Ainsi, les larmes de T. (ch. IV) annoncent ou font écho aux larmes d'U. (deux fois au ch. VIII), qui se situent avant celles de T. historiquement mais qui sont relatées après dans l'oeuvre.
    Grande différence : U. pleure sur ses propres malheurs et ceux de ses compagnons.
              T. pleure en entendant évoquer son père.
Il en ressort la centralité du personnage d'Ulysse.

  • Le Personnage d'Hélène : Il évoque un fort bagage intertextuel.
    Chez Homère, Hélène est une femme adultère repentante qui se dévalorise elle-même (voir l'Iliade, la « teichoscopie », III, 180 : face de chienne, kynôpidos, comme ici aussi, v.145).
    Le chant IV de l'Odyssée est l'occasion de montrer Hélène et Ménélas réunis et paisibles, Hélène en parfait maîtresse de maison, ce qui redouble la fortune extraordinaire de M.
    Sa prise de parole spontanée est inhabituelle et souligne le thème de la ressemblance frappante entre T. et U.
    Comme M., Hélène est porteuse d'une parole qui réactive la mémoire.
    Dans La guerre de Troie n'aura pas lieu, Jean Giraudoux présente Hélène comme une séductrice, refusant de repartir de Troie. Ses volontés profondes restent inexprimées, hormis son désir des hommes.

  • Le Personnage de Télémaque :
    - Silence pour se montrer jeune prince, sage et avisé (v.159) : correspond à l'usage social
    - La scène de reconnaissance est rendue possible par le déroulement habituel de la scène d'hospitalité
    - Indices de son identité : 1) son apparence noble, 2) les larmes de Télémaque.

1Introduction à l'Odyssée d'Homère, ch. I à VII, par Eva Cantarella, Editions des Belles Lettres, « Budè »
2Voir la plainte de Pénélope à la fin du chant IV.
3 Phénix avait fait d'Achille « un bon diseur d'avis, un bon faiseur d'exploits » (Il., IX). Ulysse n'est pas par hasard le meilleur des mortels « en calculs et discours » (Od., XIII)

Homère, L'Odyssée

Fiche d'œuvre
*
L’Odyssée
Homère


  • Epoque :
- Vie de Homère : au IXème ou VIIIème siècle av. J.-C. ?
- Attribution du texe à Homère (avec l’Iliade) : VIème siècle.
- Fixation du texte : VIème siècle
- Division en chants : époque alexandrine


  • Genre : l’Επος
- De ειπειν (inf. aoriste) = « dire », latin vox, « voix, ton, parole ».

Sa finalité culturelle : la construction et la représentation narrativisée des valeurs fondatrices d’une société, en particulier ce que les Modernes appellent sa « mythologie ».

Sa forme prosodique : L’hexamètre dactylique :
- Schéma de scansion général : – uu / – uu / – uu / – uu / – uu / – u

- Un vers = 6 pieds (ou mesures) de deux brèves (ou temps) chacun.

- Types de pieds :
  • un dactyle = – uu
  • un spondée = – – (rarement en pied 5)

- Comment déterminer la valeur d’une syllabe :
  • Brève = v.(voyelle) + 1 cs.(consonne)/pct°(ponctation) : l’υ dans : νυν ανηρ
  • Longue = v.+ 2 cs. : νυν δε

- Une voyelle finale tombe (= n’est pas prononcée et on n’en prend pas compte pour la scansion)
si le mot suivant commence par une voyelle (pour éviter un hiatus).

- Types de césures (coupes notées //), le plus souvent à l’intérieur d’un pied :
  • trochaïque : au troisième pied, qd il est dactylique, après la 1ère brève :
    – uu / – uu / – u // u / – uu / – uu / – u
  • penthémimère : après le cinquième demi-pied :
    – uu / – uu / – // uu / – uu / – uu / – u
  • hephtémimère : après le septième demi-pied :
    – uu / – uu / – uu / – // uu / – uu / – u
  • bucolique : avant les deux derniers pieds (assez peu courante chez Homère) :
    – uu / – uu / – uu / – uu // – uu / – u
  • coupe dans le premier pied (peu habituel) :
    – u // u / – uu / – uu / – uu / – uu / – u

- Système mélodique : modulations tonales (écart de quinte, environ) qu’essaient de reconstituer Philippe Brunet et Stephen Daitz, entre autres.

- Figures poétiques à noter :
  • polyptote : répétition de termes fondés sur la même racine :
    ex. : πολυτροπον et πολλων (v.1 et 3 de L’Odyssée)

La langue homérique :
- Une production improvisée, tirée de formules traditionnelles, des vers dits formulaires. (Voir Milman Parry, L’épithète traditionnelle chez Homère, 1928)
- Une langue déjà archaïque au VIIIe siècle av. J.-C. et davantage encore au moment de la fixation du texte, au VIe siècle av. J.-C.
- Vers formulaires, comparaisons, composition annulaire (dont chiasme), scènes typiques


  • Contexte littéraire et postérité :
- Livres :
  • Apollonios de Rhodes (IIe siècle avant J.-C.), Les Argonautiques → Jason et la toison d’or
  • Virgile (fin du Ier siècle avant J.-C.), L’Enéide → L’histoire d’Enée, survivant troyen
  • Dante (début du XIVe siècle), La Divine Comédie → Nekuia étendue
  • Fénelon, Les aventures de Télémaque (1699) → Réécriture de T. à la recherche de son père
  • Goethe, Nausikaa (1787) – Pré-romantisme → Sujet éponyme
  • Jean Giono, Naissance de l’Odyssée (1921)
  • James Joyce, Ulysses (1922)
  • Aragon, Les aventures de Télémaque (1922)
Les épopées médiévales et modernes sont soit plutôt autonomes par rapport à la tradition antique, soit plus influencées par L’Illiade, à la composition plus linéaire et aux motifs plus traditionnellement guerriers, ainsi :
  • Jean Giraudoux, La Guerre de Troie n’aura pas lieu (1935)

- Arts plastiques :
  • Arnold Böcklin, Ulysse et Calypso (1883)
  • Peter Paul Rubens, Ulysse et Nausicaa (1619)
  • Turner, Ulysse et Polyphème (1848)
  • Picasso, Ulysse et les sirènes (1946)
  • Chagall, série de lithographies pour L’Odyssée (1974)

- Arts du spectacle :
  • Opéra baroque : Claudio Monterverdi, Il ritorno d’Ulisse in patria (1641) → νόστος
  • Danse contemporaine : J.-C. Gallotta, Ulysse (1981)
  • Péplum : Mario Camerini, Ulisse (1954)
  • Cinéma d’auteur : Joel&Ethan Cohen, O Brother, Where Are Thou ? (2000)

  • Éléments biographiques :
Homère :
- étymologie : signifie « otage » ou « celui qui est obligé de suivre »
- est réputé avoir été un aède1 aveugle de la fin du VIIIème siècle av. J.-C.

Autres oeuvres du même auteur : On attribue également à Homère :
- deux poèmes comiques: Batrachomyomachie (« bataille des grenouilles et des rats ») et Margitès - les poèmes des Hymnes homériques.


  • Personnages principaux :
- Ulysse
- Athéna
- Télémaque
- Pénélope
- les autres dieux

Athéna Pénélope Télémaque Ulysse les prétendants Poséidon Calypsô
Hermès Nausicaa les compagnons le Cyclope Circé
Zeus … les Phéaciens Eumée … les Sirènes
etc.


  • Indications narratologiques / Structure et intrigues :

I Visite d’Athéna à Télémaque (T.)
II Débats à Ithaque
III T. chez Nestor
IV T. chez Ménélas et Hélène
V Ulysse (U.) chez Calypso
VI U. échoue chez les Phéaciens – Rencontre Nausicaa.
VII Le palais d’Alcinoos
VIII Les jeux Phéaciens
IX Lotophages et Cyclopes
X Escale chez Eole – les Lestrygons – Circé
XI La Nekuia (visite à Hadès)
XII Circé (2) – Les sirènes – Pierres Planktes – Scylla et Charybde – L’île du soleil
XIII U. à Ithaque
XIV Chez Eumée
XV Retour de T.
XVI U. rencontre T.
XVII U. en ville et mendiant au festin
XVIII U. mendiant (lutte)
XIX U. reconnu par Euryclée
XX Préparatifs au massacre
XXI Epreuve de l’arc
XXII Massacre des prétendants
XXIII Retrouvailles avec Pénélope
XXIV Paix retrouvée

- Légende :
Vert = Télémaque héros
Rouge = Ulysse héros ds un récit hétérodiégétique
Bordeaux = Ulysse héros ds un récit homodiégétique


Cicones puis tempête Prétendants
Lotophages Phéaciens
Cyclopes Calypso
Eole (2x) Ile du Soleil
Lestrygons Charybde et Scylla
Circé Circé(2e) + Sirènes
Nekuia

Le temps : Jusqu’à Circé : 11 semaines ; chez Circé : 1 hivernage ; le reste jusqu’à Calypso : 12 jours puis 1 mois ; chez Calypso : 7 ans.


  • Sens et portée de l'œuvre :
- Evoque la précarité et le succès final des valeurs d’une culture (ruse (μητις), intelligence, hospitalité, piété, héroïsme guerrier dans une moindre mesure, amour de la vie et de la paix, réflexion, mesure (σωφρωσύνε), résistance...) et remplit donc bien le genre de l’επος.
- Erige Ulysse en héros de ces valeurs à travers un parcours quasi-initiatique.


  • Citations :


  • Thèmes principaux et motifs :
- Retour : νόστος le thème principal.

- Ruse : μήτις, intelligence. U. en est l’incarnation par excellence.

- Hospitalité : Vertu suprême représentant de la civilisation à l’inverse de l’état de nature. Voir le schéma typique. Voir ces instances de réception :
  • Athéna par T.
  • les prétendants par T. (=> mauvais convives)
  • T. par Nestor
  • T. par Ménélas
  • U. par Phéaciens
  • U. par lotophages (=> mauvais hôtes)
  • U. par cyclopes (=> mauvais hôte)
  • U. par Eole—première et deuxième fois
  • U. par lestrygons (=> mauvais hôtes)
  • U. et ses compagnons par Circé—en deux temps
  • U. par Circé (2e fois)
  • U. par Charybde et Scylla (?) (=> mauvais hôtes)
  • les compagnons d’U. sur l’île du soleil (=> mauvais convives => donc la pire faute)
  • U. par Calypso
  • U. par Phéaciens
  • U. mendiant par Eumée
  • U. mendiant par prétendants
  • U. mendiant par Pénélope


Scène typique d’hospitalité
  1. Arrivée du / des visiteur(s) :
  • jeune fille à la fontaine / jeune homme au bord du chemin
  • arrivée sur les lieux
  • descriptions : résidence du maître de maison, activités de la personne recherchée et de son entourage (sacrifice, jeux, festin …)
  1. Accueil :
  • le maître de maison voit le(s) visiteur(s), hésite, se lève de son siège
  • il s’approche, touche les cheveux du / d’un visiteur, lui prend la main
  • il lui souhaite la bienvenue, prend sa lance, le fait entrer
  1. Première série de rites :
  • les xeinoi s’assoient
  • le festin, précédé d’un sacrifice sanglant, est préparé, consommé, puis conclu
  • on boit du vin mélangé, en digestif, accompagné de libations
  • le maître de maison demande son identité, son origine, les buts de son voyage à l’hôte qui répond, avec précision et véracité.
  • on s’adonne à diverses distractions, musiques, danses jeux, récits d’aèdes
  • le visiteur remercie, bénit son hôte, et participe à un sacrifice / une libation.
  • Il demande d’être hébergé pour la nuit
  1. Seconde série de rites :
  • bain et coucher
  • l’hôte retient le visiteur, lui offre des cadeaux chargés d’histoire
  • il lui propose un repas de départ et d’ultimes libations
  • il lui souhaite bon voyage et offre une escorte jusqu’à sa destination suivante
  • un omen survient (métamorphose, événement météorologique …) et l’hôte ou le maître de maison l’interprètent.

Tiré de The Stranger’s Welcome, de S.Reece

- Pouvoir des dieux : Le récit apparaît beaucoup de leur point de vue. Ils sont tout-puissants, comme la fatalité. Leurs actes peuvent paraître des coïncidences aux yeux les mortels.

- Parole : liée à l’identité. En évolution constante. La manière dont elle s’organise et se diffuse, la construction des personnages par son biais. C’est une épopée de la parole et de l’identité : la (re)découverte et la (re)formation de soi par la confrontation à l’autre. Le discours des personnages occupe autant de place que le récit-cadre => d’où théâtralité.
Le récit cadre est le résultat des rapports entre les personnages, de leurs actes et de leurs paroles (ce que dit Aristote, à propos de la tragédie, dans sa Poétique, sur l’intrigue (qu’il appelle μυθος)). Le récit dans L’Odyssée est donc polyphonique, complexe et contradictoire.

- Olivier : pique qui aveugle Polyphème, l’arbuste sous lequel s’endort U. qd il échoue chez les Phéaciens, le grand arc du concours, lit d’U. et Pénélope … Ce motif contribue à dessiner le portrait en héros d’U. Peut rappeler la massue herculéenne, elle aussi en bois d’olivier.

- Humanité : Rien n’est jamais définitivement acquis et complet, même pour le meilleur.

- Héroïsme : L’Odyssée semble formuler une nouvelle image du parfait héros, fondée sur l’intelligence et la ruse, qui s’oppose à celle de l’Iliade, où l’héroïsme d’Achille se construit autour de la mort jeune du guerrier valeureux. L’héroïsme guerrier d’Ulysse n’apparaît que brièvement, en particulier dans la scène du massacre des prétendants (ch.XXII).

- Tension nature/culture : Thème récurrent qui oppose l’humain et le sauvage, monstrueux, inhumain, chthonien, maritime. Les errances d’U. Sont liées à cette tension, et sa victoire finale signale une reconquête de la culture humaine sur ce qui s’en distingue violemment, de la démesure des prétendants (hybris), à la violence des monstres de tout ordre ou aux multiples tempêtes. Culture souvent représentée par l’hospitalité.

- Tension/communication entre les trois niveaux principaux de l’épopée : infernal, terrestre, divin. Communication : prières, sacrifices, épiphanies, messages divins, prodiges … Et surtout toutes les situations intermédiaires, instables, et les entités hybrides qui les peuplent.

- Oscillation constante entre ces 3 micro-sociétés : fondée sur des systèmes de valeurs variées et cependant comparables. Cette oscillation constante entre le même et l’autre, le semblable et le différent, confère à ce récit, toujours en mouvement, jusqu’à l’extrême fin, son pouvoir de fascination encore actuel.

- Dévoration : Cyclopes, Scylla, Ile du soleil. L’appétit, considéré comme un instinct animal naturel, est incompatible avec la tristesse. Péremptoire, il force les personnages à mettre de côté momentanément leurs afflictions.

- Dialectiques proche/lointain, semblable/différent, central/périphérique : Grèce/au bout de l’Océan, chez Calypso, etc.
1Un aède était un poète qui chantait, en s’accompagnant de la lyre ou de la cithare, ses propres compositions, à la différence du rhapsode qui ne faisait qu’interpréter les œuvres des autres.